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Après le drame d’Urda, les leçons à retenir pour le réseau ferroviaire français

Quelques jours après le drame d’Urda, mes pensées vont aux 69 victimes et à leurs proches. Je partage leur peine, comme celle de tout un pays.

J’écris en tant que résidente d’Espagne depuis vingt ans, représentante des Françaises et des Français qui y vivent, et députée membre de la commission du développement durable. Je souhaitais revenir, avec un peu de recul, sur ce qui s’est passé mercredi dernier et sur ce que cela signifie pour la France.

Avec environ 4 000 km de lignes, l’Espagne possède le deuxième réseau à grande vitesse du monde, derrière la Chine. Ce réseau est récent. Sa première ligne, entre Madrid et Séville, a été mise en service en 1992, à l’occasion de l’Exposition universelle de Séville. Le réseau français, né en 1981 avec la ligne Paris–Lyon, compte 2 800 km et se classe quatrième, derrière le Japon.

En treize ans, l’Espagne a connu trois accidents majeurs, à Angrois (80 morts), Adamuz (46 morts) et Urda (69 morts). Cela représente près de 200 victimes. Ailleurs en Europe, aucun accident à grande vitesse de cette ampleur n’a eu lieu depuis 1998. À chaque fois, ce ne sont pas les trains qui sont en cause, mais l’infrastructure ou les systèmes de sécurité.

Depuis 2021, l’ouverture à la concurrence a fait baisser les prix de plus de 40 %. Les Espagnols prennent beaucoup plus le train, et c’est une excellente nouvelle, pour les usagers comme pour la planète. Le nombre de passagers a augmenté de 70 % depuis 2019, mais les dépenses de maintenance n’ont progressé que de 38 %. Le succès du train exige un réseau entretenu à la hauteur.

En France comme en Espagne, les systèmes de contrôle surveillent la vitesse en continu et freinent automatiquement le train en cas de danger. Ils sont très sûrs lorsqu’ils fonctionnent, mais même le plus moderne peut tomber en panne. Les procédures dans les centres de contrôle doivent alors être irréprochables. Selon les premiers éléments de l’enquête, cela n’a pas été le cas à Urda.

La France a, elle aussi, une « dette grise », mais elle a davantage investi dans l’entretien de son réseau. Le contrat de performance entre l’État et SNCF Réseau, qui sera bientôt signé, consacrera 1,5 milliard d’euros supplémentaires par an à la régénération et à la modernisation du réseau à partir de 2028, pour atteindre 4,5 milliards d’euros par an. Reste à savoir si cet effort sera suffisant pour faire face à la hausse du trafic.

Le train reste l’un des modes de transport les plus sûrs. C’est aussi l’un de nos meilleurs leviers pour décarboner nos déplacements, alors que le transport est le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France.

Je souhaite interroger le Gouvernement pour que nous tirions toutes les leçons de l’expérience espagnole. Il ne s’agit pas de renoncer à la concurrence, qui permet d’offrir plus de trains à moindre prix, mais d’entretenir le réseau qui les porte.

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